25 ans dans les sillons de l'avant-garde

From Fabio  Massimo Arati – RARO!, n. 131 - marzo 2002

Dans l’expérience des Tasaday, formation active de la première moitié des années 80, on peut y
voir la grande valeur d’une recherche sonore et intellectuelle, qui n’est pas toujours restée isolée  dans les replis de l’underground autochtone. Si l’écho commercial d’un tel projet s’est révélé insignifiant, c’est parce qu’il ne pouvait pas en être autrement, abstraction faite du peu de moyens d’exploitation et d’organisation de l’époque: la proposition était trop rude et d’un concept trop sophistiqué pour pouvoir être appreciée par un nombreux public. En revanche, une telle approche en scella son rôle culte en Italie et à l’étranger. Ce n’est pas par hasard, en effet, que leur retour inattendu à la fin des années 90 jeta une nouvelle lumière sur des chefs-d’oeuvre qui risquaient de rester du ressort exclusif des collectionneurs les plus audacieux.

 

Les deux groupes Die form et Orgasmo negato 
se formèrent entre 1981 et 1982 à peu de mois d’écart l’un de l’autre. Par la suite, débuta une active collaboration dans le but de donner un caractère particulier aux exhibitions live. En montant sur scène en formation unie, les groupes combinaient différents styles et inclinations en donnant vie, grâce à une extraordinaire puissance d’expression, à un ensemble de nouveaux éléments. Pendant les spectacles, la représentation symbolique était prédominante, au point de transformer les concerts en de véritables performances à caractère métaphorique

.

 

La fusion définitive des deux formations eut lieu avec la cassette in un silenzio oscuro (1983, adn 03)
et fut finalement confirmée par le LP Aprirsi nel silenzio, dont une partie de l’enregistrement a été faite en studio et l’autre en direct (llive in Torino).

Ce fut le premier document portant l’acronyme collectif de Tasaday. Le nom bizarre, qui devait aussi être le titre d’une fanzine produite par les musiciens eux-mêmes, a été pris à une tribu primitive, découverte dans la forêt pluviale des Philippines, qui avait défrayé la chronique au début des années 70. Misant sur le prétexte ethnographique, les artistes revendiquaient le concept essentiel de la sacralité, l’opposant au malaise de l’homme moderne : “[… ] laisser aller à travers les méandres des réflexes les intuitions qui nous ont conduits à traduire en son ce qu’il aurait été impossible d’exprimer par un autre moyen, pouvoir écouter quelque chose qui vibre parmi les choses, à voix basse, comme un écho qui ne peut trouver sa fin. […] Non plus des mythes ou des images aveuglantes mais “l’inexprimable”. Ici, seule existe l’ouverture de l’intuition dans un silence intraduisible. Eternel destin de celui qui doit à tout instant courir vers l’essentiel. La musique n’a plus rien à y voir”.  (extrait des notes de Aprirsi nel silenzio), comme en témoigne aussi les deux morceaux recueillis sur Ekhnaton, compilation significative de facture expérimentale. Le groupe lombard a admirablement réussi à mêler les suggestions de la new wave anglaise aux intuitions du bruitisme industriel, les prérogatives de l’expérimentation New Yorkaise au magnétique ritualisme tribal.
Tout cela avait certes un plus ample engagement culturel, qui embrassait la philosophie de Heidegger, la dramaturgie de Bataille, la sociologie de Baudrillard, ainsi que l’imaginaire du Nouveau cinéma allemand.
Dans l’édition Italienne du Manuel de Culture Industrielle (re-search/shake, 1998), Paolo Bandera donne très précisément le signalement d’un chiffre stylistique très personnel: “ loin des monochromatiques symphonies de distorsion électronique, les Tasaday ont introduit des variantes et dérivées axées sur le sax, les percussions et bandes magnétiques dans une masse instrumentale qui se hasarde avec détermination vers les possibilités offertes par les dynamiques de groupe. […]  Les rapports avec le souterrain, l’universel, la mort, ne sont jamais limités à l’angoisse cosmique ou au nihilisme, et se lance au contraire à la recherche de nouveaux symboles, d’icônes et d’instruments.”
Par la suite l’urgence expressive du groupe déclina et ce furent en effet des évènements improvisés comme leur collaboration avec Alberto Coppini (avec qui ils mirent en scène un concert-sculpture où l’un modelait une statue alors que les autres jouaient librement) où bien comme le spectacle de 1996 au Bloom de Mezzago, conjointement à la compagnie des installations de la Centrale de l’Art (immortalisé sur le VHS tempo scaduto).

En 1999, Alessandro Ripamonti, ou bien le dernier des Tasaday, propose de conclure l’histoire du groupe en publiant un disque qui célèbrerait en même temps le passé (au CD est joint un floppy disque avec les extrait d’un live en Hollande en 1983) et ouvrirait de nouvelles perspectives pour le futur.

 

Le projet, quoi qu’il en soit, souleva l’enthousiasme de la critique, donnant d’autre part l’idée de ressortir le premier album du groupe. Ainsi, même le public put se rendre compte que malgré les quinze ans d’ancienneté du groupe, la musique de cet ensemble de la Briance était encore incroyablement actuelle.

Fabio  Massimo Arati – RARO!, n. 131 - marzo 2002


En 2001 Tasaday reprend son activité en studio ce qui entraîne la publication en 2002  de l'album “Con il corpo crivellato di stelle” e del 7’ “Corpi assolutamente immobili” (Wallace Records).

 

En 2003, Tasaday a finalisé le projet Kaspar (Wallace Records) après avoir collecté des sons de tous genres (chiens dans le métro, distorsions, vinyles abîmés, femmes haletantes, prototypes de synthé d’il y a 50 ans et aussi des guitares, des basses et batteries) il les a assemblés : le résultat est un album standard composé de 13 morceaux de type expérimental parmi lesquelson peut trouver des morceaux structurés.

Parallèlement, il y eut aussi une volonté de faire une expérience dans la production du disque, en étendant le concept de la production artistique du PROJET KASPAR à  celle de l’exécutive, permettant ainsi à ceux qui le désiraient et qui voulaient comprendre un peu mieux «  pourquoi les disques sont si chers » de toucher du doigt les mécanismes de la production et de la distribution.
Cela a permis aux acquéreurs de payer ce disque 3 euros pièce, c'est-à-dire à son prix de revient.

 

12 june 2004, Radio France Culture, par Emmanuel Giraud
Milan : L'héritage bruitiste de Luigi Russolo et les musiques électroniques italiennes d'aujourd'hui, avec le groupe Tasaday
Ecoutez l'interview et deux morceaux en live (Tasaday interview and performance starts at 1 h 45 min. - Xabier Iriondo Interview few minutes before)

 

 

 

 

 

En 2004, toujours à travers la Wallace Records, l’album « In attesa, nel labirinto » est sorti.


 

En 2006, Tasaday propose l’audio-visuel live « Fine della produzione ».  Sur scène, sept musiciens, des instruments électriques, électroniques et acoustiques, en symbiose avec des images vidéo.

 


 

Contacts and info:
www.tasaday.it
tasaday@tasaday.it
Alessandro Ripamonti
Via Manzoni, 115
20043 Arcore (MI)
Italie